le mag du piano


Sanja Bizjak

par Mathieu Papadiamandis

Sanja Bizjak ous venez de participer à la 10ème édition du concours international Piano Campus et de remporter plusieurs prix, dont le prix Jejouedupiano.com, alors même que vous menez une carrière très prometteuse en duo avec votre sœur Lidija. Qu’est-ce qui a motivé votre participation à ce concours ?

Plusieurs amis qui s’y sont présentés et Lidija, qui était membre du jury il y a deux ans, m’en avaient dit le plus grand bien. Cela fait donc plusieurs années que je souhaitais y participer mais divers engagements de concerts m’empêchaient de me libérer durant cette période. Ce choix engendrait une pression particulière puisque j’ai déjà joué plusieurs fois au festival d’Auvers-sur-Oise ainsi qu’aux Journées Européennes de Piano Campus (NDLR Piano Campus et le festival d’Auvers-sur-Oise sont tous deux dirigés par Pascal Escande).

Chopin
Ballade n°1 op.23

Sanja Bizjak (piano).
Enregistré au
Concours International
Piano Campus 2011.

Comment avez-vous vécu cette expérience ?

C’était le premier concours auquel je participais en France. L’ambiance y est très particulière car les candidats se côtoient du début à la fin des épreuves, ce qui est très appréciable et moins stressant. Cela ne ressemble pas à l’atmosphère habituelle des concours. Cette 10ème édition avait en outre une particularité : inclure dans le programme de la finale une œuvre avec orchestre spécialement écrite pour l’occasion. À ma connaissance, il n’y a guère qu’au concours Reine Elisabeth que cela se passe ainsi. Cette expérience m’a également permis de suivre la master-classe de Bruno Rigutto qui était organisée entre les éliminatoires et la finale.

Vous avez été formée à Belgrade, votre ville d’origine. Quel souvenir gardez-vous de ces années ?

J’ai commencé le piano à six ans dans une école de musique avec Zlata Males. Ma formation s’est déroulée très naturellement, sans pression particulière. Tout a été très vite, puisque après un an d’étude, je jouais déjà le concerto en de Haydn. Considérée alors comme un enfant prodige, j’ai très tôt participé à de nombreux concours pour les jeunes. Ma professeure était très influencée par l’école russe puisqu’elle avait elle-même étudié avec un élève de Heinrich Neuhaus (NDLR 1888-1964, professeur de Sviatoslav Richter, Emil Guilels, Elisso Virssaladze et beaucoup d’autres). J’ai donc profité d’un enseignement « à la Russe ». Pour les débutants, il y avait une école très performante avec des méthodes très proches de celles qui étaient pratiquées en Russie. L’enseignement dans les universités se montrait beaucoup moins convaincant, notamment pour les jeunes pianistes qui souhaitaient en faire leur métier. Beaucoup de jeunes partaient donc étudier à l’étranger à l’âge de 16 ou 17 ans. C’est ce que j’ai fait ! Mais plus tôt que les autres… À cette époque, à la fin des années 90, la situation politique en Serbie permettait trop peu de dialogues et de rencontres. Il me fallait alors partir pour enrichir mon apprentissage. La situation a cependant beaucoup changé, grâce notamment aux échanges avec les autres universités européennes.

Très jeune, vous êtes donc venue à Paris pour travailler avec Jacques Rouvier…

En effet, j’ai passé le concours d’entrée au CNSMDP à douze ans, ce qui est extrêmement précoce. Mais tout cela me semblait normal à l’époque, je n’avais pas le sentiment d’effectuer un parcours hors normes. Jacques Rouvier est habitué à faire travailler des élèves relativement jeunes dans sa classe au conservatoire. Il a des idées très précises sur le plan stylistique dans le répertoire français, mais aussi dans le répertoire germanique, ce qui représentait pour moi un atout considérable. Au niveau de la réalisation, il se montre très exigeant et m’a apporté de nombreuses pistes de travail. Je me souviens notamment des longues heures passées sur les trilles… ! Tout de suite après mon prix, j’avais alors quinze ans, il m’a conseillé de suivre l’enseignement d’un autre professeur, russe de préférence…

C’est alors que vous êtes allée voir Alexandre Satz, le professeur de Boris Berezovsky et Lilya Zilberstein notamment. Quelle influence a-t-il eu sur votre évolution ?

J’ai étudié à Graz avec Alexandre Satz pendant deux ans dans le cadre d’un Master, tout en suivant un cycle de perfectionnement, en duo avec ma sœur, dans la classe de Jacques Rouvier au Conservatoire de Paris. J’ai eu une chance incroyable de pouvoir côtoyer Alexandre Satz, car il est décédé un an après la fin de mon cursus. Même si j’étais peut-être un peu jeune pour ce type d’enseignement, cela m’a ouvert d’autres horizons, plus au niveau de l’écoute que sur le plan strictement technique. En fait, il s’attachait principalement à ce que ses élèves ne dissocient jamais la technique et le sens musical. Lorsque l’on sait précisément ce que l’on veut entendre, tout devient plus facile. J’ai poursuivi ce travail à Munich avec Elisso Virssaladze, qui est issue de la même école. Elle possède une très forte personnalité et m’a fait progressée dans de nombreux répertoires.

Vous souhaitez aujourd’hui développer votre carrière solo, tout en continuant à jouer avec votre sœur.

C’est un grand plaisir de pouvoir jouer avec ma sœur ! J’aime aussi beaucoup jouer avec d’autres musiciens, on apprend à ne pas penser qu’à soi et à confronter ses idées à celles des autres, mais l’expérience du récital est aussi très enrichissante. Pouvoir mener les deux parallèlement, musique de chambre et piano solo, me paraît idéal.

Quels sont vos projets ?

Je suis actuellement en classe d’accompagnement vocal au CNSMDP et j’apprécie énormément le travail avec les chanteurs qui est très différent de celui que l’on effectue dans les classes de piano. Je souhaite néanmoins continuer à étudier avec un professeur de piano. J’aimerais être étudiante toute ma vie ! C’est en tout cas l’état d’esprit qu’il faut avoir je pense, car on a parfois une vision de notre jeu qui est très éloignée de la réalité, d’où cette nécessité de jouer pour quelqu’un en qui on a confiance. J’envisage de participer à d’autres concours et il me paraît indispensable d’avoir quelqu’un à mes côtés qui me guiderait dans ces préparations. En plus, je ne suis pas fanatique des concours… Le soutien d’un professeur peut alors constituer une motivation supplémentaire. Les concours sont importants mais je ne souhaite pas me consacrer uniquement à cela car le risque est de jouer toujours les mêmes œuvres. Il est essentiel pour moi de continuer sans cesse à découvrir le répertoire. J’ai aussi beaucoup de projets de concerts avec ma sœur en duo et j’essaye de trouver ma voie, comme je peux, et sans pression.

 


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