le mag du piano


Kana Okada

par Mathieu Papadiamandis

Kana Okada ous venez de remporter le 1er prix au concours international Piano Campus 2013 ainsi que plusieurs prix spéciaux, dont le prix jejouedupiano.com. Qu’est-ce qui vous a conduite à participer à ce concours ?

C'est Georges Pludermacher, mon ancien professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, qui m'a conseillé de participer à Piano Campus. J'ai immédiatement été séduite par l'idée de pouvoir jouer avec orchestre en finale, même si je n'avais jamais travaillé le concerto de Grieg qui était imposé. Je l'ai donc préparé spécialement pour Piano Campus, tout comme la 3ème Novelette de Poulenc, imposée à l'épreuve éliminatoire.

Ravel
Scarbo
(extrait de Gaspard de la nuit)
Kana Okada (piano). Enregistré au Concours International Piano Campus 2013.

Comment préparez-vous un concours international ?

L'organisation du travail se fait de manière particulière pour un concours. Dans le cas de Piano Campus, j'ai tout d'abord préparé le programme de la finale. Puis environ un mois avant le début du concours, je me suis concentrée sur l'épreuve éliminatoire, tout en revenant bien sûr de temps à autre sur le reste du programme.

Qu’est-ce qui distingue Piano Campus des autres concours ?

L'ambiance de ce concours est particulièrement sympathique et détendue, d'autant que j'ai retrouvé quelques amis du conservatoire. L’équipe de Piano Campus nous met dans les meilleures conditions possibles afin que nous puissions nous concentrer sur la musique. J'ai également beaucoup apprécié le fait de ne pas être isolée des autres candidats car j'aime l'idée de côtoyer des pianistes venant des quatre coins du monde. C’est très enrichissant !

Aimez-vous participer à des concours ?

Par le passé, je n'aimais pas du tout ! Mais ma manière de les aborder a évolué. Je les envisage à présent comme des occasions de jouer en public. Cela m'oblige également à découvrir beaucoup de nouvelles pièces et à mieux structurer mon travail lors de la préparation. Et si je gagne un prix, j'ai de nouvelles opportunités de jouer.

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur vos débuts au piano ?

Je suis née dans le nord du Japon, à Hokkaido. Mes parents sont tous deux pianistes. Ma mère enseigne en cours particuliers tandis que mon père est professeur de piano et producteur de concerts. C'est en entendant mon père travailler à la maison que j'ai eu envie d’apprendre à jouer du piano. J'ai commencé au sein de l'école Yamaha puis j'ai suivi des cours particuliers dans ma ville natale jusqu'à l'âge de dix ans. C'est mon père qui a assuré la suite de ma formation lorsque mon professeur a émigré aux États-Unis.

Pourquoi avoir choisi Paris pour poursuivre vos études ?

J'ai découvert Paris à l’âge de 9 ans. J'ai tout de suite adoré la ville, la langue, la cuisine... J'ai été vraiment émerveillé et ai manifesté le souhait de venir travailler ici un jour. Au Japon, c'est à l'âge de 15 ans que les études se terminent et que l'on choisit ce que l'on veut faire. C'est donc à ce moment là que j'ai quitté ma famille pour venir étudier la musique à Paris. Je me suis présentée au concours d’entrée du CNSMDP et j'ai été admise.

Avec qui étudiez-vous actuellement ?

Je suis actuellement en Master II au CNSMDP dans la classe de Frank Braley. J'apprécie énormément ses cours. Grâce à lui, mes idées musicales sont beaucoup plus claires et la réalisation, du coup, plus convaincante. Il aborde toujours la technique pianistique sur un plan musical afin d'utiliser les bons moyens pour parvenir au résultat sonore recherché. Son travail s'oriente en priorité sur le phrasé et la sonorité. Avant de le rencontrer, je jouais de manière très instinctive sans trop approfondir la lecture de la partition. J'ai même pris conscience que je regardais peu la partition, ce qui est bien sûr une erreur. Il m'a vraiment appris à lire et à comprendre le texte, particulièrement dans le répertoire classique dans lequel j'avais tendance à me laisser aller à trop de sentimentalité.

Quels sont vos compositeurs de prédilection ?

J'aime particulièrement jouer Rachmaninov, Ravel et Prokofiev. Je me sens très proche de l'univers de ces compositeurs. Je peux m'exprimer naturellement dans cette musique.

Votre attirance pour ce répertoire est-elle liée à vos professeurs présents ou passés ?

Non pas du tout. Hormis Ravel que j'étudie depuis que je suis au conservatoire de Paris, depuis sept ans.

Comment abordez-vous un nouveau morceau ?

Je lis la partition puis j'effectue des recherches sur le compositeur. J'écoute les œuvres qu'il a écrites pour d'autres instruments mais je n'écoute aucun enregistrement de l'oeuvre que je travaille les premiers temps. J’étudie beaucoup lentement, cela me permet de placer les choses, et joue rarement la pièce dans son intégralité puisque j'ai l'occasion de le faire à chaque cours.

Quels sont vos pianistes préférés ?

J'apprécie particulièrement Grygory Sokolov, Martha Argerich, Vladimir Horowitz et Alfred Cortot.

Et dans Gaspard de la nuit de Ravel ?

C’est la version d’Ivo Pogorelich que je préfère. Son interprétation d'Ondine me donne des frissons.

 


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